Investissement : Les marchés financiers gagnent du terrain
Dernière mise à jours il y'a 2 heuresL'industrie camerounaise est-elle en train de sacrifier son avenir productif sur l'autel de la rentabilité immédiate des marchés financiers ? Le rapport sur la situation économique et financière des entreprises, publié ce 21 janvier 2026 par l’Institut national de la statistique (INS), dresse le portrait d'un patronat qui délaisse progressivement l'usine pour la bourse.
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Si les dépenses d’investissement affichent une santé de fer avec un bond spectaculaire de 28,5 % en 2024, cette vitalité cache une mutation inquiétante. L’argent ne va plus vers les machines, mais vers les actifs immatériels. Ce basculement stratégique, où l’acquisition d’actions et la souscription aux titres publics de la BEAC remplacent l’achat de nouvelles lignes de production, sonne comme un signal d'alarme pour la Stratégie Nationale de Développement (SND30). En ce début d'année 2026, alors que le pays rêve de transformation structurelle, ses entreprises semblent préférer le confort de la rente financière aux risques de l'exploitation industrielle.
Cette "financiarisation" des bilans d'entreprises explique, en grande partie, l'effervescence observée sur le marché des valeurs du Trésor et le succès retentissant des levées de fonds à la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC). Plutôt que de renouveler un outil de production de plus en plus poussif, les sociétés installées au Cameroun injectent leurs liquidités dans les appels publics à l'épargne ou les placements privés. C'est une stratégie de prudence qui privilégie la liquidité et la sécurité des rendements offerts par les États de la CEMAC, mais qui laisse l'appareil industriel national dans un état de délabrement larvé. Le succès des sociétés de gestion d'actifs en 2025 et 2026 est ainsi le miroir d'un désinvestissement technique profond.
Les conséquences de ce choix se lisent désormais dans la chair des infrastructures privées. Le taux de vieillissement des immobilisations a franchi un seuil critique, s'établissant à 60,6 % en 2024 contre 60,3 % l'année précédente. Le constat de l'INS est que l'outil de production a déjà perdu plus de six dixièmes de sa valeur initiale sous l'effet conjugué de l'usure et d'une obsolescence galopante. Produire au Cameroun revient de plus en plus à piloter des machines en fin de vie, augmentant les coûts de maintenance et réduisant la compétitivité des produits "Made in Cameroon" face à une concurrence internationale de plus en plus technologique.
Le risque, à terme, est celui d'une déconnexion totale entre une finance locale florissante et une industrie déclinante. Si cette dynamique se poursuit, la transformation structurelle tant attendue pourrait rester un slogan politique, faute de base technique moderne pour la porter. Pour inverser cette tendance, l'État devra sans doute réorienter ses mécanismes d'incitation pour rendre l'acquisition d'équipements physiques plus attractive que le simple placement de trésorerie. Car si les dividendes financiers enrichissent les actionnaires à court terme, seule la modernisation de l'outil de production peut garantir la souveraineté économique et la création d'emplois durables pour les générations futures.
Ndjomo Carlos
Floyd Miles
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