Actu Eco » Banque et Finance

Financement des projets : La Chine resserre les vannes du crédit à l'Afrique

Dernière mise à jours il y'a 2 heures

Longtemps perçue comme le banquier inépuisable des infrastructures africaines, la Chine vient d'opérer un virage à 180 degrés, transformant sa relation avec le continent en un jeu à somme négative pour les capitales africaines.

Lire aussi : Infrastructures routières : Laxe Foumbot-Foumban opère sa mue

Selon le rapport « The Great Reversal », publié le mardi 27 janvier 2026 par la plateforme ONE Data, l'Afrique est désormais devenue une contributrice nette au Trésor de Pékin. Entre 2020 et 2024, le continent a versé 22,1 milliards de dollars de plus à l'empire du Milieu au titre du remboursement de ses dettes qu'il n'a reçu de nouveaux financements. Ce reflux massif de capitaux marque la fin de l'ère des mégaprojets et impose aux économies africaines une cure d'austérité brutale, au moment même où les institutions multilatérales tentent, tant bien que mal, de colmater les brèches d'un système en pleine mutation.

Ce basculement n'est pas le fruit du hasard, mais d'une stratégie de "gestion de risque" de plus en plus stricte imposée par les banques d'État chinoises, notamment la China Eximbank et la China Development Bank. Face aux difficultés de remboursement rencontrées par des pays comme la Zambie ou l'Éthiopie, Pékin a drastiquement resserré les vannes. Les chiffres sont sans appel : le flux net entrant de 30,4 milliards de dollars observé entre 2010 et 2014 s'est évaporé. David McNair, directeur exécutif de ONE Data, souligne l'évidence mathématique : « Le fait que les prêts accordés soient moins nombreux, alors que les engagements antérieurs doivent toujours être honorés, crée mécaniquement une sortie nette de capitaux. » Pour l'Afrique, ce "grand renversement" signifie que l'argent qui devrait financer les écoles ou les hôpitaux retraverse l'océan pour apurer les ardoises du passé.

Pourtant, la nature ayant horreur du vide, ce désengagement chinois a coïncidé avec une montée en puissance spectaculaire des bailleurs multilatéraux. La Banque mondiale et le FMI ont augmenté leurs financements nets de 124 % en une décennie, fournissant désormais 56 % des flux globaux vers les pays en développement. Mais ce relais de croissance ne suffit pas à masquer une tendance inquiétante : l'aide publique au développement (APD) s'essouffle, et les flux bilatéraux globaux ont chuté de 6 %. Dans ce paysage aride, de nouveaux acteurs comme l'Arabie saoudite, le Qatar ou les Émirats arabes unis tentent des percées avec 30,2 milliards de dollars injectés entre 2020 et 2024, sans toutefois pouvoir compenser le retrait tactique du géant chinois qui préfère désormais les projets "petits, beaux et verts" aux chantiers pharaoniques d'autrefois.

L'Afrique se trouve donc à la croisée des chemins. Si certains analystes y voient une opportunité historique de renforcer la redevabilité domestique et de réduire la dépendance extérieure, la réalité immédiate est celle d'un étranglement budgétaire. Les pays du continent doivent désormais faire preuve d'un génie financier renouvelé pour naviguer entre les exigences de remboursement de Pékin et la nécessité de stimuler une croissance interne. Le temps du crédit facile est révolu ; celui de la responsabilité souveraine commence, dans un monde où la Chine ne se voit plus comme le parrain du développement africain, mais comme un créancier exigeant, soucieux de protéger ses propres équilibres économiques dans un contexte global incertain.


Ndjomo Carlos

bernardo2
bernardo carlos ndjomo
9 0

Commentaire(s) du post

Nous sommes ravis que vous souhaitiez laisser un commentaire sur notre site. Pour nous aider à maintenir un environnement respectueux et constructif, nous vous invitons à fournir votre nom, prénom et adresse e-mail. Cela permettra également de créer une communauté engagée et authentique. Nous apprécions votre contribution et nous avons hâte de lire votre commentaire. Merci d'avance!

Africa First Club

Inscrivez vous à notre Newsletter

© Africa First Club. All Rights Reserved. Design by Brice eyebe