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Marché du travail : La création d’emplois en perte de vitessse

Dernière mise à jours il y'a 2 heures

Si le thermomètre social n’indique pas encore une crise ouverte, les dernières données de l’Institut National de la Statistique (INS) révèlent une perte de vigueur notable de la machine à recruter au Cameroun. En 2024, le nombre d'emplois permanents dans les entreprises n'a progressé que de 2,5 %, un chiffre qui, bien que positif, sonne comme un avertissement après la dynamique robuste de 5,1 % enregistrée l'année précédente.

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 Ce coup de frein, analysé à la loupe par les experts en ce mois de janvier 2026, met en exergue une économie camerounaise qui, malgré sa résilience, peine à maintenir une cadence de création de postes capable d'absorber la masse croissante de diplômés. La courbe de l'emploi ne chute pas, mais elle s'aplatit, trahissant une prudence accrue des chefs d'entreprise face aux incertitudes de la conjoncture globale.

Le diagnostic de l'INS permet toutefois de nuancer cette atonie par une lecture sectorielle. Le secteur primaire fait figure de bastion de résistance, avec une envolée spectaculaire de 5,7 % des effectifs salariés. Cette vitalité, qui tranche avec la morosité ambiante, est le fruit direct d'une accélération des investissements dans l'agrobusiness et les filières d'exportation. Alors que l'agriculture concentre environ 70 % de la population active nationale, ce sursaut du primaire suggère que le salut du marché du travail pourrait bien venir de la terre, là où la transformation structurelle commence à porter ses premiers fruits. En revanche, le secteur secondaire (industrie et BTP) et le secteur tertiaire (services) affichent une progression bien plus timide, illustrant les difficultés de ces segments à répercuter la croissance économique sur leur masse salariale.

Pour comprendre ce tassement de 2,6 points en un an, il faut observer la trajectoire sinueuse de l'emploi salarié depuis le choc de 2020. Après le recul lié à la pandémie (-1,9 %), le marché avait subi un véritable décrochage en 2022 avec une chute brutale de 5,1 %, avant de rebondir vigoureusement. Le retour à une croissance modeste de 2,5 % est interprété comme un signe de normalisation, mais aussi comme une limite structurelle : le coût des facteurs de production et les tensions inflationnistes de 2025 ont réduit les marges de manœuvre des entreprises. La capacité du secteur privé à générer du travail permanent semble ainsi plafonner, faute d'une productivité suffisante pour justifier des embauches massives au-delà du simple renouvellement des effectifs.

L'enjeu est désormais d'éviter que ce ralentissement ne se transforme en stagnation. Les autorités, tout en se félicitant de la réduction continue du chômage grâce à la poussée du secteur primaire, restent conscientes de la fragilité de cet équilibre. Pour que la création d'emplois retrouve ses couleurs de 2023, l'assainissement du climat des affaires et le soutien direct aux PME industrielles seront cruciaux. Sans un redémarrage des secteurs secondaire et tertiaire, le Cameroun risque de voir son dividende démographique s'évaporer dans l'informel, faute d'un secteur formel assez dynamique pour offrir des carrières stables à sa jeunesse. L'embellie agricole est une promesse, mais elle ne pourra porter seule le fardeau de l'émergence nationale.


Ndjomo Carlos

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