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Formation professionnelle : 46 % de postes vacants en 2025

Dernière mise à jours il y'a 2 heures

Les données consolidées du ministère de l’Emploi et de la Formation Professionnelle (Minefop) pour l'exercice 2025 révèlent un naufrage statistique qui interroge les fondements mêmes de notre modèle éducatif. Sur une capacité globale de 127 381 places répertoriées dans les Centres de Formation Professionnelle (CFP), 59 273 sont restées désespérément vacantes.

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Ce taux d’inoccupation de 46,53 % n'est pas qu'un simple chiffre ; c'est le symptôme d'un gâchis de ressources monumental et d'une déconnexion flagrante entre l'offre académique et la réalité sociale d'une jeunesse dont le dynamisme s'échoue sur le rivage de l'inaccessibilité financière. En 2026, l'enseignement technique camerounais ressemble à une salle de spectacle dont les billets sont trop chers pour le public qu'elle est censée accueillir.

L'analyse de ce désert pédagogique pointe un coupable majeur : la prédominance d'un secteur privé aux bases parfois spéculatives. Représentant 78 % de l'offre globale avec 2 562 établissements nés d'une facilité d'agrément déconcertante, le privé a gonflé ses capacités sans aucune étude de marché réelle. Cette croissance de 26 % en trois ans, souvent motivée par la quête de prestige social ou la captation de subventions, se heurte aujourd'hui au mur du pouvoir d'achat. Pour les 60 % de Camerounais de moins de 25 ans, le coût prohibitif des formations privées agit comme un filtre d'exclusion. En face, l'offre publique, seule véritable bouée de sauvetage pour les ménages modestes, reste figée dans un statu quo préoccupant : 300 établissements seulement pour une modeste part de 22 % de l'offre nationale, incapable d'absorber une demande qui a pourtant bondi de 14,4 % en trois ans.

Au-delà de la barrière de l'argent, c'est l'attractivité même du système qui est en procès. Le Minefop déplore un déficit chronique d'orientation et de visibilité, laissant des milliers de jeunes dans l'ignorance des opportunités existantes. Cette carence d'information profite directement au secteur informel et à l'apprentissage traditionnel auprès d'artisans de quartier, perçus comme des voies de sortie plus rapides, moins onéreuses et surtout plus ancrées dans la réalité du terrain. Pour beaucoup, le passage par un CFP est devenu un luxe temporel et financier qu'ils ne peuvent plus se permettre, préférant l'apprentissage "sur le tas" à une certification académique dont la valeur ajoutée immédiate sur le marché de l'emploi peine à être démontrée.

Le ministère, conscient que ce "gaspillage de ressources" menace la cohérence stratégique de la nation, envisage de durcir les conditions d'agrément pour limiter la prolifération de centres sans viabilité. L'enjeu est de transformer cette offre pléthorique mais inadaptée en un dispositif cohérent, où le coût de la formation ne serait plus un obstacle à la qualification. Sans une réforme profonde visant à muscler l'offre publique et à encadrer les tarifs du privé, les centres de formation continueront d'être de vastes coquilles vides, tandis que la main-d'œuvre qualifiée indispensable à l'émergence du pays restera une denrée rare.


BCN

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