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Fitch Ratings-Afreximbank : Les conséquences du divorce

Dernière mise à jours il y'a 2 heures

La fin de la relation entre Afreximbank et Fitch Ratings, officialisé le 23 janvier 2026, vient de prendre une tournure désastreuse. Dans un geste que beaucoup d'analystes qualifient de chant du cygne de l'agence américaine, Fitch a basculé l'institution panafricaine dans la catégorie spéculative (junk) avec une note de « BB+ ».

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Cette décision, survenue quelques jours seulement après que la banque basée au Caire a rompu son contrat de notation, sonne comme une réponse brutale à la volonté d'émancipation de l'institution dirigée par Benedict Oramah. Au cœur de cette tempête financière figure une divergence radicale sur la lecture du risque souverain en Afrique. Alors qu'Afreximbank revendique un statut de créancier privilégié protégé par un traité international ratifié par 53 États, Fitch balaie cet argument technique, s'appuyant sur le précédent ghanéen pour justifier un déclassement qui fait déjà trembler les portefeuilles obligataires en ce début d'année 2026.

L'étincelle qui a mis le feu aux poudres remonte au règlement, en décembre 2025, d'un prêt de 750 millions de dollars accordé au Ghana. Pour l'agence de notation, cet accord, bien que qualifié de "réussi" par Accra, respecte le principe de "comparabilité de traitement" imposé par le FMI et les créanciers officiels. En clair, Fitch y voit la preuve qu'Afreximbank n'est plus immunisée contre les restructurations de dette souveraine. Cette interprétation, vigoureusement contestée par le Mécanisme Africain d’Évaluation par les Pairs (MAEP), conduit l'agence à estimer que le taux de prêts non performants de la banque atteint 7,1 %. Un chiffre qui contraste violemment avec les 2,44 % déclarés par l'institution, laquelle accuse Fitch d'une "incapacité chronique à comprendre les structures juridiques treaty-based" propres aux banques multilatérales africaines.

L'impact sur les marchés a été immédiat et douloureux. Les obligations en dollars d'Afreximbank arrivant à échéance en 2031 ont subi leur plus fort recul depuis cinq ans, perdant 2,16 cents par dollar pour s'échanger autour de 86,97 cents. Cette volatilité illustre la méfiance des investisseurs internationaux face au label "spéculatif", malgré la solidité affichée du bilan de la banque qui culmine à plus de 40 milliards de dollars. Pourtant, ce mouvement de panique semble circonscrit à la sphère d'influence des agences anglo-saxonnes. À contre-courant, l'agence japonaise JCR a réitéré sa confiance avec une note de « A- », soulignant la robustesse des garanties actionnariales et la mission vitale de la banque pour la ZLECAf.

Ce bras de fer marque un point de non-retour dans la relation entre le continent et les agences de notation globales. En choisissant de mettre fin à sa relation avec Fitch, Afreximbank n'a pas seulement protégé son image ; elle a lancé un défi à l'hégémonie des critères d'évaluation occidentaux. Pour George Elombi, vice-président de la banque, le problème réside dans un biais analytique qui pénalise systématiquement les institutions africaines puissantes. Alors que l'Union Africaine multiplie les appels à la création d'une agence de notation souveraine panafricaine, le cas Afreximbank pourrait bien être le catalyseur final d'une révolution financière où l'Afrique n'acceptera plus d'être jugée par des miroirs déformants.


BCN

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