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Commission de la CEEAC : Les coulisses d'une répartition de postes sous haute tension

Dernière mise à jours il y'a 2 heures

Ce 25 janvier 2026, la visioconférence des chefs d’État de la CEEAC a livré son verdict. Alors que le cabinet Forvis Mazars avait passé des mois à scanner les compétences pour l'exécutif communautaire, le sommet extraordinaire a rappelé une vérité implacable: la méritocratie laisse souvent place au poids des cotisations et contributions des Etats.

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En sacrifiant les candidats centrafricains, pourtant arrivés en tête des évaluations, au profit des poulains de Luanda, Libreville ou Kinshasa, les leaders de la sous-région ont acté la victoire du pragmatisme politique sur la rigueur des consultants. En 2026, la Commission de la CEEAC ne se réforme pas par les diplômes, mais par les "petits arrangements" entre frères.

La République centrafricaine (RCA) ressort comme la grande perdante de ce jeu de chaises musicales. Malgré les scores d'excellence de Jean-Jacques Demafouth et Hervé Martial Maidou, respectivement favoris pour la Paix et l'Environnement selon Mazars, Bangui rentre bredouille. À l'inverse, la République démocratique du Congo (RDC) a réussi un passage en force avec la nomination de Maxime Nzita Nganga Di Mavambu au commissariat à l’Environnement. Cet ingénieur agro-économiste, transfuge de la Wildlife Conservation Society (WCS), a bénéficié du lobbying intense de Kinshasa pour évincer son concurrent centrafricain. Mais c'est au commissariat aux Affaires politiques que la tension a atteint son paroxysme. Le Gabon, arguant de son statut de pays hôte et de sa régularité budgétaire, a imposé le général Marcel Yves Mapangou Moussadji, 61 ans, là où le conseil des ministres du 16 janvier n'avait pu trancher.

Le cas camerounais illustre parfaitement l'arbitrage cornélien imposé aux puissances régionales. Yaoundé devait choisir entre deux de ses diplomates les mieux classés par le consultant. Finalement, la balance a penché pour Nelly Banaken Elel, nommée à la Promotion du genre et au développement humain. Ce choix stratégique de Paul Biya a laissé le champ libre à l’Angola pour s’emparer du très stratégique portefeuille du Marché commun. Tavira da Silva Olouimo Diai, cadre de l’administration fiscale angolaise, récupère ainsi les clés de l’intégration économique, portée par l’influence colossale de João Lourenço au sein de l’organisation. Pendant ce temps, les postes de Vice-présidence et d’Infrastructures ont suivi la ligne du consultant, voyant la Tchadienne Mariam Mahamat Nour et le Congolais Maurice Niaty-Mouamba rejoindre le Burundais Ezéchiel Nibigira pour compléter l’exécutif.

Ce nouveau visage de la Commission de la CEEAC pour les cinq prochaines années soulève des interrogations sur la sincérité des réformes institutionnelles. Le  principe de la "réserve" politique semble avoir définitivement pris le pas sur les engagements de méritocratie. Si l'arrivée de profils chevronnés comme Mariam Mahamat Nour rassure sur la capacité de gestion, l'éviction de candidats centrafricains mieux notés jette une ombre sur l'équité communautaire. Entre le poids financier de l'Angola, l'ancrage diplomatique du Gabon et les arbitrages internes du Cameroun, la CEEAC de 2026 ressemble à une mosaïque d'intérêts nationaux savamment imbriqués.


Ndjomo Carlos

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