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Marché de l'emploi : Un secteur en mal de performance.

Dernière mise à jours il y'a 2 heures

Le rapport de l'Observatoire national de l'emploi et de la formation professionnelle (Onefop) agit comme un électrochoc sur la conscience nationale. Intitulé « Regard sur l’évolution de l’emploi dans le secteur moderne de l’économie : bilan sur le triennat 2023–2025 », ce document révèle une vérité que les discours officiels ne peuvent plus occulter : le moteur du secteur formel tourne à bas régime.

Avec seulement 197 356 emplois décents générés en 2025, le pays reste à des années-lumière de l'objectif de 300 000 postes annuels gravé dans la Politique Nationale de l’Emploi (PNE). Ce n'est pas qu'une question de chiffres, c'est le symptôme d'une économie qui, malgré sa résilience, ne parvient pas à transformer ses projets institutionnels et ses ONG en usines à insertion pour une jeunesse de plus en plus impatiente.

L'analyse du triennat écoulé montre une trajectoire sinueuse, marquée par une inquiétante érosion de l'offre. Entre 2023 et 2024, le marché formel a littéralement dévissé, perdant 18 618 postes pour tomber à 191 205 emplois. Si l'année 2025 a esquissé une timide reprise avec la création de 6 151 nouveaux contrats, ce sursaut reste dérisoire face au déficit accumulé. Pour l'Onefop, le diagnostic est sans appel : le marché du travail camerounais souffre d'un déficit chronique de création d'emplois. Les entreprises constituées en sociétés et les administrations publiques, piliers de ce secteur moderne, semblent asphyxiées par une conjoncture qui bride leurs capacités de recrutement, laissant le pays dans une posture de rattrapage permanent.

La hiérarchie des secteurs d'activité en 2025 souligne une tertiarisation de l'économie au détriment de la production réelle. Avec 87 124 emplois (44,1% du total), le secteur tertiaire reste le seul véritable poumon de l'emploi formel, affichant une croissance de 6,3%. À l'inverse, le secteur primaire, autrefois socle de la nation, s'enfonce dans la crise. Il ne contribue plus qu'à hauteur de 15,9% à la création d'emplois, avec seulement 31 449 postes l'an dernier. L'Onefop pointe du doigt un cocktail toxique : flambée du prix des intrants agricoles liée aux tensions géopolitiques mondiales, conflits fonciers persistants, dérèglement du calendrier cultural dû au changement climatique et, plus grave encore, un vieillissement accéléré de la population agricole qui ne trouve pas de relève dans le secteur moderne.

Si des initiatives comme le renforcement de l'employabilité dans la région de l'Est via le C2D injectent des milliards dans la formation des jeunes, l'effet de levier reste insuffisant pour inverser la tendance nationale. Le gouvernement, tout en restant discret sur les raisons profondes de ce marasme, devra impérativement s'attaquer aux goulots d'étranglement du secteur secondaire (industrie et BTP) qui, avec 78 783 emplois, peine à devenir le relais de croissance attendu. Sans une politique agressive de soutien à la transformation locale et une sécurisation du foncier rural, le pari des 300 000 emplois risque de rester une chimère statistique, condamnant le secteur moderne à n'être qu'un spectateur du dynamisme débordant, mais précaire, de l'informel.


Bernardo

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bernardo carlos ndjomo
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