Actu Eco » Politiques Publiques

Foncier : L'absence d'un cadre juridique coutumier freine l'investissement en Afrique

Dernière mise à jours il y'a 2 heures

Le socle de l'économie rurale en Afrique subsaharienne repose sur un équilibre fragile. Un rapport publié par la FAO, le Cirad et l’International Land Coalition révèle un paradoxe saisissant : alors que 73 % de l'espace foncier de la région sont régis par des systèmes coutumiers, seule une part dérisoire de 1 % bénéficie d'une reconnaissance légale formelle.

Lire aussi : Fermeture du détroit d'Ormuz : L'huile de palme signe sa plus forte hausse en trois ans

Ce fossé entre les usages ancestraux  gérés par les chefferies et les lignages  et les cadastres nationaux maintient les trois quarts des terres productives dans une "zone grise" juridique périlleuse, entravant l'élan des investisseurs nationaux et étrangers.

Face à cette insécurité, des réformes audacieuses émergent pour jeter des ponts entre tradition et modernité. Au Cameroun, une évolution majeure de la législation foncière marque un tournant historique dans la gestion des terroirs. Pour pallier la lenteur des procédures d'immatriculation et sécuriser les exploitations agricoles, les chefs traditionnels sont désormais investis du pouvoir de délivrer des actes de reconnaissance provisoire. Ce mécanisme permet de stabiliser les droits d'usage sur le terrain, offrant aux agriculteurs une première couche de protection juridique face aux risques d'accaparement, tout en facilitant l'accès aux microcrédits de campagne.

Cette invisibilité légale, qui persiste ailleurs, constitue une menace directe pour la sécurité alimentaire. En l'absence de titres officiels, des territoires exploités depuis des générations peuvent être requalifiés en "terres domaniales", excluant de fait les communautés locales. Les femmes, qui représentent 49 % de la main-d'œuvre agricole, sont les premières victimes de cette précarité. Leur accès limité à la propriété sécurisée entrave leur capacité à mobiliser des financements pour l'irrigation ou l'achat d'intrants. L'initiative camerounaise, si elle est généralisée, pourrait transformer ces savoirs communautaires en véritables leviers de croissance.

Au-delà de l'économie, la reconnaissance des droits coutumiers est un impératif écologique. Ces terres abritent l'essentiel des forêts primaires et des réservoirs de carbone. Les auteurs du rapport plaident pour une mutation de la gouvernance intégrant le principe du Consentement libre, informé et préalable (CLIP). Pour le reste de l'exercice 2026, l'enjeu des États africains sera d'inscrire la légitimité historique des terroirs dans la modernité du droit, à l'instar des mécanismes de transition mis en œuvre dans le bassin du Congo, pour garantir une gestion durable et inclusive des ressources naturelles.


Asaba

bernardo2
bernardo carlos ndjomo
3 0

Commentaire(s) du post

Nous sommes ravis que vous souhaitiez laisser un commentaire sur notre site. Pour nous aider à maintenir un environnement respectueux et constructif, nous vous invitons à fournir votre nom, prénom et adresse e-mail. Cela permettra également de créer une communauté engagée et authentique. Nous apprécions votre contribution et nous avons hâte de lire votre commentaire. Merci d'avance!

Africa First Club

Inscrivez vous à notre Newsletter

© Africa First Club. All Rights Reserved. Design by Brice eyebe