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Droit de propriété et RDUE : L’urgence d’une réforme foncière pour sauver les certificats d’exportation du cacao

Dernière mise à jours il y'a 2 jours

Les conclusions d'un atelier stratégique tenu à Yaoundé les 28 et 29 janvier ont jeté une lumière sur le fait que l’écrasante majorité des femmes qui exercent dans les plantations est hors-la-loi au regard des standards européens. Ce n'est pas une question de qualité de fèves, mais de droit foncier.

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Entre une insécurité foncière qui frappe 87 % des productrices et un silence informationnel assourdissant dans les zones rurales, c'est tout l'édifice de l'exportation camerounaise qui vacille. Le Dr Samuel Nguiffo du CED affirme que sans une passerelle juridique immédiate, le "Made in Cameroon" risque de devenir le grand banni du marché communautaire, victime d'une mise en œuvre "aveugle" d'un règlement conçu loin de la réalité des terroirs.

La radioscopie de nos bassins de production révèle une fracture foncière qui confine à l’exclusion systémique. Sur les 600 000 petits exploitants qui portent la production nationale, les femmes sont les premières victimes d'un droit de propriété qui leur échappe. Seules 13 % d’entre elles détiennent un titre foncier, tandis que 38 % travaillent sur des parcelles sans le moindre document légal. Or, le RDUE ne négocie pas : chaque tonne de cacao doit être certifiée "zéro déforestation" et, surtout, produite en conformité avec la législation du pays d'origine. En l’absence de titres officiels ou de contrats de bail sécurisés, comment prouver la légalité de l’exploitation ? Le risque est une éviction automatique de milliers de familles du circuit formel, renforçant des inégalités déjà criantes où les femmes ne contrôlent que 20 à 30 % des revenus malgré une charge de travail prépondérante.

À cette précarité juridique s'ajoute une déconnexion informationnelle alarmante. Près de 68 % des femmes productrices interrogées lors de l'étude présentée à Yaoundé avouent n'avoir jamais entendu parler du RDUE. Pour celles qui en ont eu un lointain écho, le règlement est perçu comme une simple contrainte environnementale, occultant les piliers technologiques de la traçabilité et de la géolocalisation. Ce déficit de communication transforme une politique de durabilité en une menace perçue comme "lointaine et obscure" depuis les plantations. Sans une vulgarisation massive et une implication des chefferies traditionnelles pour sécuriser les droits d'usage, le report de l'entrée en vigueur du règlement (une respiration bienvenue mais temporaire) ne sera qu'un sursis inutile avant un crash commercial inévitable.


BCN

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bernardo carlos ndjomo
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