Publications » Editos

Commerce informel et illicite : un gouffre à sous

Dernière mise à jours il y'a 1 semaine

L'hémorragie financière qui frappe la zone CEMAC ne se mesure plus seulement dans les circuits bancaires sophistiqués, mais s'écrit désormais sur la poussière des pistes transfrontalières. Entre les ateliers statistiques de Douala et les saisies de minerais dans l'Adamaoua, un constat s'impose : une part colossale de la fortune régionale s'évapore par les chemins de terre . Qu'il s'agisse de produits de consommation courante ou de roches rares comme le Greisen, l'économie de l'ombre prive nos États de ressources vitales, transformant nos 4 591 km de frontières en autant de failles par lesquelles s'échappe la souveraineté nationale.

Lire aussi : Fiscalité : Le recouvrement de la taxe sur l'importation des téléphones portables désormais numérique

La problématique du commerce informel, que les experts tentent enfin de quantifier, n'est pas une simple curiosité académique. Pour le Cameroun, ce déficit de plus de 50 milliards de FCFA relevé par l'INS en 2024 témoigne d'une intégration régionale qui se fait au détriment du Trésor public. Cette "économie du sentier", dépourvue de toute déclaration douanière, fausse les outils de pilotage et fragilise la planification budgétaire. Sans une harmonisation rigoureuse de la collecte des données, les politiques de développement resteront aveugles face à une réalité commerciale qui préfère la brousse aux corridors officiels, privant ainsi les populations des services publics que ces taxes auraient dû financer.


Toutefois, si le petit commerce frontalier répond à une logique de survie, l'exportation illicite de ressources minières vers l'Asie relève du pillage organisé. L'interception à Bankim de chargements de métaux critiques sans aucun document de circulation, révèle l'audace de réseaux qui considèrent le sous-sol camerounais comme un libre-service international. En tentant de soustraire ces richesses à la fiscalité minière, ces opérateurs ne font pas que frauder la douane ; ils brisent la chaîne de valeur ajoutée que la SND30 s'efforce de bâtir. Chaque camion qui force le passage vers les ports sans contrôle est une brique en moins dans l'édifice de notre industrialisation. 


La mise en place d'un dispositif harmonisé à l'échelle de la CEMAC, couplée à un maillage territorial renforcé, constitue l'unique rempart contre cette érosion de la richesse. Il est impératif de transformer ces flux fantômes en données transparentes et ces exportations sauvages en revenus légaux. La prospérité de la sous-région ne dépendra pas de l'abondance de ses ressources, mais de sa capacité à fermer les chemins de l'évasion pour que chaque gramme de minerai et chaque échange marchand contribuent réellement à la puissance du Trésor national.


Recevez l'écho de l'économie dans cette nouvelle parution de votre bihebdomadaire économique bilingue Alpha Eco 

Bonne lecture !


EWC, DP

bernardo2
bernardo carlos ndjomo
28 0

Commentaire(s) du post

Nous sommes ravis que vous souhaitiez laisser un commentaire sur notre site. Pour nous aider à maintenir un environnement respectueux et constructif, nous vous invitons à fournir votre nom, prénom et adresse e-mail. Cela permettra également de créer une communauté engagée et authentique. Nous apprécions votre contribution et nous avons hâte de lire votre commentaire. Merci d'avance!

Africa First Club

Inscrivez vous à notre Newsletter

© Africa First Club. All Rights Reserved. Design by Brice eyebe