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Foncier : les chefferies prennent le pouvoir

Dernière mise à jours il y'a 8 heures

Le cadre foncier camerounais amorce une mutation historique. Dès le 1er avril 2026, les chefs de 3e degré seront investis du pouvoir de délivrer des documents de propriété provisoire, tels que l’Attestation de reconnaissance des droits fonciers coutumiers (ARDFC). Cette décision d'Henri Eyebe Ayissi n'est pas qu'une simple mesure administrative ; c’est une tentative audacieuse de ramener l'ordre dans le domaine national, là où l'opacité et l'accaparement des terres freinaient jusqu'ici l'investissement local et la paix sociale.

Sur le plan financier, cette réforme constitue un levier de bancarisation potentiel pour le monde rural. En offrant un "commencement de preuve" de propriété, l'État permet à des millions d'exploitants de sortir de l'informalité. Une terre documentée, même provisoirement, devient un actif valorisable capable de rassurer les établissements de microfinance et de sécuriser les investissements productifs. Cependant, cette manne potentielle s'accompagne d'un risque de dérives pécuniaires. La transformation des chefs de village en "officiers de cadastre" de proximité pourrait engendrer une nouvelle économie de la rente coutumière. Si les frais de délivrance ne sont pas strictement encadrés, le risque est de voir apparaître une tarification occulte qui exclurait les plus vulnérables du dispositif.


L'autre défi majeur réside dans la gestion des différends que ce nouveau pouvoir pourrait soulever. Si le chef est le gardien des traditions, il est aussi un acteur social plongé dans des dynamiques claniques. La superposition de ces nouveaux titres sur des limites territoriales souvent floues risque de réveiller des litiges latents entre familles ou villages voisins. De plus, la condition d'une "mise en valeur effective" pour obtenir l'Attestation de jouissance paisible (AJPTER) pourrait susciter des contestations infinies sur l'interprétation même de l'exploitation. Le gouvernement devra veiller à ce que cette simplification ne se transforme pas en un maquis juridique où l'arbitraire local prendrait le pas sur la rigueur du cadastre.


En sanctuarisant le domaine national de première catégorie, l'État offre un bouclier aux populations face aux prédateurs fonciers. Mais le succès de cette réforme dépendra de la capacité du département ministériel à imposer une transparence absolue dans la délivrance de ces précieux sésames. Pour que ce pari soit gagnant, il faudra transformer l'autorité traditionnelle en un maillon de confiance et non en une source de nouveaux conflits, afin que la terre camerounaise soit enfin un moteur de richesse partagée plutôt qu'une poudrière sociale.


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Bonne lecture!


ADO, REC

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bernardo carlos ndjomo
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