Balance commerciale : La réalité des chiffres
Dernière mise à jours il y'a 2 heuresLa récente contraction des dépenses liées aux importations céréalières, bien que constituant une bouffée d'oxygène pour nos finances publiques, impose une analyse qui dépasse l’autosatisfaction des bilans comptables. Cette économie de 77 milliards de FCFA sur les achats de riz et de blé place le Cameroun devant un miroir de vérité : s’agit-il d’une victoire structurelle de notre politique d’import-substitution ou d’une simple accalmie sur l’échiquier instable des cours mondiaux ? Si l’oxygénation de notre portefeuille extérieur est une réalité, elle doit être le point de départ d’une introspection profonde sur la résilience de notre modèle de développement face aux soubresauts de la mondialisation.
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Le recul de la facture alimentaire témoigne certes d’une prise de conscience institutionnelle, mais il souligne surtout l’immensité du chemin qui reste à parcourir pour briser les chaînes de la dépendance. Valoriser la production de Ndop ou soutenir la Semry sont des signaux encourageants, mais ces efforts ne pourront porter leurs fruits que s’ils s’inscrivent dans une refonte globale de notre architecture de production. La souveraineté ne peut se limiter à une réduction conjoncturelle des sorties de devises ; elle exige une maîtrise totale de la chaîne de valeur, du sillon agricole jusqu’à l’assiette du consommateur. Tant que le besoin de financement extérieur pour combler le déficit de l’offre reste prépondérant, notre sécurité alimentaire demeurera vulnérable aux crises logistiques lointaines.
Sur le plan sociopolitique, cette dynamique interroge également la capacité de l’État à traduire des économies macroéconomiques en stabilité sociale durable. La réduction des importations ne trouve sa pleine valeur que si elle garantit des prix stables et accessibles pour les populations. La véritable plus-value de l’import-substitution réside dans la création d’emplois locaux et dans la dynamisation des zones rurales, souvent délaissées au profit des ports d’entrée des marchandises étrangères. L’enjeu est donc de transformer cette bouffée d’air financière en un levier d'inclusion capable de résorber les fractures territoriales par une industrialisation décentralisée et rigoureuse.
La trajectoire actuelle nous oblige à une discipline de fer. Si les prévisions de récoltes pour les années à venir sont ambitieuses, elles imposent une exécution sans faille des réformes structurelles. Le Cameroun ne doit plus se contenter de subir les cycles des marchés boursiers mondiaux ; il doit s’affirmer comme l’architecte de sa propre prospérité en sanctuarisant ses investissements dans le secteur agricole. Cette accalmie sur le front des échanges extérieurs ne sera un succès que si elle sert de socle à une indépendance réelle, où la signature du pays ne dépend plus de sa capacité à acheter au monde, mais de sa faculté à se nourrir par lui-même.
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Bonne lecture !
EWC, DP
bernardo carlos ndjomo
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Floyd Miles
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