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Sucre : Quand l'explosion des exportations contraste avec l'offre locale

Dernière mise à jours il y'a 18 heures

Les statistiques récentes du commerce extérieur mettent en lumière un phénomène pour le moins singulier. L’Institut national de la statistique (INS) rapporte que le Cameroun a expédié 8 047 tonnes de sucre vers les marchés internationaux au cours de l'exercice 2025. Cette performance représente un bond spectaculaire par rapport aux modestes 512 tonnes enregistrées l'année précédente. Pourtant, cette embellie statistique survient alors que l’offre domestique peine structurellement à satisfaire la consommation intérieure.

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La réalité du secteur reste marquée par une insuffisance de l'offre locale. Avec une capacité de production oscillant entre 120 000 et 160 000 tonnes, le leader national, la Société sucrière du Cameroun (Sosucam), ne couvre qu'une fraction des besoins nationaux, évalués à environ 300 000 tonnes annuelles. Ce déficit chronique oblige régulièrement l'État à recourir à des importations massives pour stabiliser le marché. Dans ce sillage, l'envolée des exportations semble moins traduire une surproduction qu'un arbitrage opportuniste des opérateurs vers des marchés frontaliers où les prix de vente s'avèrent nettement plus attractifs.

Cette dynamique rappelle les tensions observées par le passé, notamment lorsqu'en 2022 le gouvernement avait dû restreindre les flux vers la République centrafricaine pour préserver la sécurité alimentaire nationale. La porosité des frontières et les différentiels de prix encouragent la sortie de denrées essentielles, au risque de créer des poches de pénurie sur le sol camerounais. La hausse des volumes exportés en 2025 met en exergue la difficulté de concilier la liberté commerciale des industriels avec l'exigence de stabilité des prix de grande consommation, un équilibre précaire que les autorités surveillent avec une vigilance accrue.

L'impact de ces flux croisés sur le progrès de l'Afrique est fondamental. Il souligne l'urgence de renforcer les capacités de transformation agro-industrielle pour atteindre une véritable autonomie régionale. Tant que les déficits de production persisteront, les marchés d'Afrique centrale resteront vulnérables à ces fuites de marchandises vers les zones à plus forte rentabilité immédiate. La consolidation de la filière sucrière doit passer par des investissements massifs dans les surfaces cultivables et l'optimisation des usines de raffinage. En parvenant à saturer son marché national tout en dégageant un surplus réel pour l'exportation, le pays pourrait stabiliser durablement les prix dans la sous-région. Cette transition vers une offre excédentaire est le seul moyen de transformer ces arbitrages commerciaux en une croissance solide et pérenne. Une gestion rigoureuse des quotas d'exportation demeure indispensable pour garantir que le dynamisme des échanges ne se réalise jamais au détriment de l'assiette du consommateur local.


Bernardo

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