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Électricité : Nachtigal à l'épreuve du transport et de la distribution

Dernière mise à jours il y'a 2 heures

L'injection massive de mégawatts dans les circuits d'interconnexion nationaux ne garantit pas automatiquement la stabilisation de la fourniture d'énergie aux consommateurs finaux. Une année après sa mise en service intégrale survenue en mai 2025, l'aménagement hydroélectrique de Nachtigal a livré un volume consolidé de 3 613 785 mégawattheures (soit approximativement 3,6 térawattheures) au réseau interconnecté Sud à fin mai 2026.

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L'infrastructure de Ndokoa, dimensionnée pour générer 420 mégawatts à travers sept alternateurs de 60 mégawatts chacun, est calibrée pour couvrir près de 30 % de la demande globale du pays. Pourtant, malgré un taux de disponibilité technique affiché à 94 % et un niveau d'exécution de la maintenance de 99 % par l'opérateur Nachtigal Hydro Power Company (NHPC), les coupures d'électricité persistent de manière endémique dans les centres urbains et industriels. La situation met en exergue une rupture de synchronisation entre l'appareil de production et les capacités de transit des gestionnaires de réseaux.

Le nœud du problème se déplace désormais de la disponibilité de la ressource vers l'acheminement physique des flux électriques. L'usine de Nachtigal fonctionne sur le principe d'une centrale au fil de l’eau, une technologie qui impose une évacuation instantanée de l'énergie produite, sans possibilité de stockage de longue durée, comme l'illustre la charge de 200 mégawatts enregistrée en temps réel le jeudi 4 juin 2026 en milieu de journée. Si NHPC assure le transport initial via une ligne dédiée de 225 kilovolts sur une distance de 51 kilomètres jusqu’au nœud de raccordement de Nyom II, la responsabilité technique de la distribution bascule ensuite sous la juridiction d'autres entités corporatives. L'étanglement du réseau survient au niveau des postes de transformation intermédiaires, des lignes de transport nationales et des réseaux de distribution de proximité, inaptes à absorber les charges supplémentaires injectées.

Le déblocage de la crise énergétique camerounaise requiert désormais un arbitrage systémique qui dépasse le simple cadre de l'ingénierie. La gouvernance du secteur souffre d'un manque de coordination opérationnelle fine entre le producteur indépendant NHPC, le transporteur public Sonatrel et l'opérateur chargé de la distribution finale, dont le rôle est de planifier l’appel des centrales selon la courbe de charge des usagers. À la vulnérabilité matérielle des équipements s'ajoute le péril financier lié à l’accumulation des impayés tout au long de la chaîne de valeur, une situation de trésorerie précaire qui menace à terme le plan d'exploitation et l'entretien des ouvrages de production. L'équilibre futur de la filière dépend du renforcement des infrastructures de transmission et d’une restructuration financière globale du secteur de l'électricité.


Ndjomo Carlos

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